
Un des relevés de Cuno dans Ekade Ektab. Le théranthrope
de droite tient une petite antilope par le cou. |
Mais
c'est avec la première mission de Paolo Graziosi, en 1938, que
commence l'étude systématique de l'art rupestre du Messak. Ce
professeur de l'Université de Florence, d'après l'examen des
superpositions, des patines et des sujets représentés, est
parvenu à établir une chronologie relative des gravures de la
région. Il a identifié une période plus ancienne, avec des
gravures de la "fauna selvaggia" (faune sauvage),
représentant ces sujets avec beaucoup de naturalisme,
expressivité et mouvement, dans des images d'une technique
évoluée et soignée.
Les nombreux théranthropes (personnage mythique à tête animale),
souvent en scènes de chasse, appartiennent à cette période.
Selon Graziosi, ces ouvres sont suivies par celles de la phase
"pastorale", des bovidés très naturalistes, souvent avec collier
et pendeloques, représentés avec un grand sens artistique.
Graziosi a d 'abord pensé que l'apogée de l'art " pastoral "
coïnciderait avec le déclin de la chasse, mais plusieurs
superpositions constatées sur des sites du Messak l'ont amené à
supposer à nuancer cette position, et à admettre la persistance
des traditions des chasseurs dans l'art " pastoral " du Messak.
Les figurations schématiques de la période du cheval, assez
rares ici, concluent la séquence des ouvres pré-camelines.
Après Paolo Graziosi, et avant la création de l'AARS, notre
connaissance de l'art rupestre du Messak doit beaucoup au
regretté Jan Jelínek et à notre ami Giancarlo Negro, qui ont
chacun publié d'intéressants volumes consacré à cette régio
(voir la page sur la bibliographie).
Enfin, on ne peut pas parler des gravures du Messak sans, au
moins, dire quelques mots sur son fascinant plateau. Ce dernier
descend des abruptes falaises septentrionales et occidentales
vers l'Edeyen de Murzuq, sans
présenter aucun relief perceptible. Seules les cassures des
wadis interrompent un horizon désespérément plat, qui se perd
dans l'infini. Il y a bien longtemps que ce plateau n'est
presque plus fréquenté, car l'aridité des derniers siècles y a
rendu la survie difficile. Mais des monuments lithiques et des
traces de sentiers sont relativement fréquents. Qui les a
construits, qui les a parcourus ? Lorsque la patine des pierres,
au milieu et sur leurs bords, est presque totale, c'est qu'ils
sont préhistoriques. Si l'on regarde avec attention ces pierres
du plateau, on s'aperçoit qu'il s'y trouve une grande quantité
de pierres taillées, soit néolithiques, soit paléolithiques.
Malheureusement, sous ces vestiges il y a beaucoup de pétrole ! Et
certaines compagnies occidentales de prospection ou d'exploitation
pétrolière, opérant dans ce milieu désertique, n'y ont rencontré aucun
contrôle des habitants, désormais trop éloignés du Messak, et y ont
travaillé sans aucun respect du patrimoine culturel régional, écornant
les gravures, détruisant les sentiers préhistoriques et de nombreux
autres vestiges sur des surfaces considérables. Heureusement, ces
dernières années, les autorités Libyennes se sont aperçues du massacre
que certaines
compagnies occidentales* ont
perpétré sur leur héritage culturel et ont imposé des règles.
Il
faudrait, toutefois, se hâter d'agir et renforcer très
sérieusement les contrôles, car l'immense pouvoir financier de
ces compagnies peut facilement permettre d'occulter toutes les
évidences. |
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